Douk Saga
Parents et amis racontent l`homme...
A Ouaga (Burkina-Faso) où Stéphane Doukouré, Douk Saga, pour les mélomanes, s'est retiré pour des soins, il n'y a pas pu résister au mal pernicieux qui le rongeait. La tuberculose pulmonaire dont il souffrait a finalement eu raison de lui. Et depuis le jeudi 12 octobre dernier, le boucantier travailleur est tombé du sommet de l'Himalaya. Au lendemain de sa mort, nous avons rendu visite à sa famille biologique et artistique. Tous étaient plongés dans une consternation totale. C'était le vendredi 13 octobre dernier au quartier "Rouge" à Adjamé non loin de la mairie.
Qui était donc Douk Saga ?
Celui dont le vaste univers des mélomanes a reconnu les mérites d'avoir créé le "coupé-décalé" sous le pseudonyme de Douk Saga, s'appelait Stéphane Doukouré à l'état civil. Né en 1974 dans la capitale de la région des Lacs (Yamoussoukro), il appartient à l'ethnie malinké appelée communément "Dioula". Même si l'homme a connu toute sa gloire dans la musique, rien ne le prédestinait au métier d'artiste-chanteur, selon le témoignage de son ex-manager et fidèle ami Oula Laurent. Le petit Doukouré avait plus visé une réussite par les affaires. c'est sans doute pour vite tenter cette expérience que le sort l'a vite éloigné de sa famille biologique. Déjà autour de 11 ans, il vivait quelque part à Cocody les Deux Plateaux chez les Boigny auprès de sa grand-mère Mamie Djeneba Cissé. Cela pourrait constituer un premier bonheur pour Stéphane Doukouré car d'une manière ou d'une autre, il aura bénéficié des bénédictions de cette généreuse âme. Hélas, cette joie sera de courte durée car juste après la mort de Mamie Djénéba, l'aventurier choisira de quitter les lieux, certainement que l'affection dont il bénéficiait n'était plus la même.
Doukouré Stéphane quitte
les II plateaux pour Yopougon
Stéphane séjournera à Yopougon, la cité du showbiz, juste pour quelque temps avant de s'envoler pour la France. C'est sans doute dans cette commune qu'il a été piqué par le virus du show qui fera son effet plus tard. Ce voyage en France sera pour lui le début de la réalisation de son rêve d'homme d'affaires. C'était dans les années 89.
L'homme qui a inspiré Douk Saga
Avant de conter l'aventure parisienne qui finalement va le conduire dans la rue, rappelons que durant toute l'enfance et l'adolescence de Stéphane, il eut pour idole l'une des vedettes incontestées du football ivoirien en l'occurrence Sékou Bamba de Karamoko. Il finira par se faire baptiser "Moukila Sahal" comme l'ancien buteur des Mimos puis des Aiglons. De Sékou Bamba, l'homme retiendra non pas sa rage de vaincre sur les stades mais son euphorie après ses buts. En un mot, comme l'a soutenu son manager, " tout est parti de Sékou Bamba ; Stéphane aimait voir Sékou faire le malin après une victoire sur l'adversaire. Et il a décidé de ressembler à ce dernier. Voici l'origine de sa danse qu'il a créée ". Ayant donc retrouvé la rue après que son tuteur eut perdu son emploi, le futur boucantier n'avait qu'à faire le ménage dans les salons de coiffure à Paris pour s'assurer la pitance journalière. On les appelait alors "les rabatteurs", disons qu'ils étaient des démarcheurs des coiffeurs.
L'homme et la carrière musicale
Avec le peu d'expérience acquise en Europe, il comprit que l'heure des affaires n'avait pas encore sonné. Et il choisit alors de se faire entendre dans le milieu des frimeurs. Il jette alors les bases d'une carrière musicale dès son retour au bercail avec la création du fameux, "Coupé décalé". En 2000, Stéphane Doukouré sera révélé au grand public avec son premier album. Son ami d'enfance sera appelé pour être son manager. C'est le début de la saga des nouvelles coqueluches de la musique ivoirienne avec à leur tête Douk Saga et la Jet-Set. Bref, tous les boucantiers vont emboîter le pas à celui qui se faisait appeler le sommet de l'Himalaya jusqu'à la veille de sa mort. Pendant cette carrière, Douk Saga a presque fait le tour du monde grâce au succès de son album. Au pays, son image était collée à celle du fric. Et partout où la galère se faisait ressentir, on réclamait Douk Saga. Partout dans la sous-région, l'artiste bénéficiait des honneurs de la République comme par exemple au Mali où le Président Amadou Toumani Touré (ATT) l'a baptisé son homologue. Avec le pouvoir d'achat tiré de ses efforts personnels, il a eu l'avantage du dernier mot dans la galaxie des jeunes boucantiers en Côte d'Ivoire. Ce qui lui a valu l'appellation du sommet de l'Himalaya ou le sommet des sommets.
Douk Saga et le
cruel destin
Cette flamme ardente qui dressait enfants, hommes, jeunes filles et femmes derrière le boucantier sera de courte durée. Car il n'aura eu que juste un petit instant de bonheur. Comme pour narguer le destin, une tuberculose arrête brusquement le parcours glorieux du jeune Doukouré Stéphane. Et les derniers voyages du boucantier très très fort, n'ont eu pour motif que la reconquête de sa santé. D'Abidjan à Ouaga en passant par le Bénin, la Suisse, aucun remède n'a pu guérir son mal. Malgré toute cette farouche résistance à la maladie et assortie de quelques déclarations consolatrices, l'enfant de Yamoussoukro a fini par dégringoler du haut de l'Himalaya depuis la clinique de Ouaga où il a poussé son dernier souffle le jeudi 12 octobre dernier. Ainsi, prend fin le règne du boucantier. Agé seulement de 32 ans, Douk Saga part laissant derrière lui des milliers de parents, amis et fans inconsolables mais surtout un petit garçon d'environ 3 ans et sa mère, l'épouse de nationalité française de l'artiste , tous deux vivant à Paris.
Oula Laurent
(ex-manager de l'artiste) :
"C'est une perte énorme pour notre génération "
" Pour moi, Douk Saga reste un grand homme. En tant que manager, je suis dans ma seizième année de pratique. Avec cet artiste, j'ai connu beaucoup de bonnes choses. Il aimait tant partager. Toujours prêt à ramener les autres à la joie. Je ne finirai jamais de regretter l'homme. Et puis Stéphane a vraiment aimé ses amis. C'est une perte énorme pour notre génération. Qu'il soit bien accueilli auprès de Dieu le créateur. Une légende vivante s'en est allée. Hommage et honneur à un "prophète".
La maman de Douk Saga
(très affectée)
" Je vous donne ma bénédiction pour que vous puissiez bien faire votre travail mais pour l'heure je ne peux pas parler". Elle fond en larmes.
Jean Jacques Kouamé depuis Paris
" Je n'ai pas le moral ".
" Actuellement, je n'ai pas le moral pour parler de la mort de Douk Saga. Attendez que je sois à Abidjan avec le corps de mon ami que je pars chercher demain samedi 14 à Ouaga ".
Syvie Yoro (Maguy)
(Manager de l'orchestre de la RTI)
" Douk Saga se définissait par "vivre et rien que vivre"
" Je l'appelais affectueusement mon fils et lui m'appelait maman. Le temps de la promo de son 1er album m'a permis de le connaître. Nous avons fait le Bénin, le Cameroun et bien d'autres pays. Il aimait tant partager et semer la joie autour de lui. Pour Douk Saga, il faut vivre et rien que vivre. Que Dieu nous permette de lui rendre un hommage mérité ".
Propos recueillis par Dieusmonde Tadé
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